la communauté de Thésée
Et il fut précipité, le grand dragon, l'antique serpent, appelé le diable ou Satan, le séducteur du monde entier, il fut précipité sur la Terre, et ses anges furent précipités avec lui.
Apocalypse XII, 9.
A Tarbes, un chrétien obsédé par la théorie du complot, un prof d'histoire démissionnaire et un détective privé malicieux, enquêtent sur les agissements étranges d'une secte ésotérique. Faisant référence à l'actualité et à de nombreuses sources littéraires, journalistiques et autres, le livre traite de conspirationnisme, de religion, et des dangers qui guettent l'humanité. C'est un roman de réflexion et d'investigation dans un univers fantastique de rituels secrets, d'envoûtement et d'univers parallèles. C'est aussi une histoire d'amitié virile, une quête spirituelle, le récit d'une transformation personnelle impliquant le sacrifice, initiation suprême permettant l'accès à un niveau de conscience supérieur.
EXTRAITS:
extrait 1:
Le jeune homme ouvre les volets afin d'aérer l'appartement, puis part s'affairer dans la cuisine. A la télé, le journal de treize heures diffuse un sujet sur les nouveaux systèmes de contrôle biométrique pour l'enregistrement des passagers à l'aéroport de Roissy. Max revient de la cuisine à la fin du reportage, un saladier dans les mains:
- Ce qui se passe avec tous ces machins biométriques, je trouve ça très inquiétant, pas vous?
- Non, pas spécialement, répond Etienne d'une voix absente. A en croire les gens dans le reportage, ça simplifie les formalités d'embarquement.
- Bien sûr, mais je voulais parler de l'utilisation de ces systèmes en général. Vous savez que le gouvernement français prévoit d'ici peu d'imposer une nouvelle carte d'identité contenant des données biométriques?
- Si ça doit améliorer la sécurité et simplifier certaines démarches, je ne vois pas en quoi c'est gênant.
- Je suis désolé de vous asséner à nouveau mes bondieuseries, mais avez-vous lu la Bible, l'Apocalypse de Saint Jean? Etienne essaie de contenir son agacement, il n'a pas envie de parler, a fortiori de textes religieux. Néanmoins, il fait un effort par courtoisie.
- Non, enfin pas entièrement. En tant que prof d'histoire, je me suis intéressé aux évangiles, bien sûr, mais vous savez, historiquement, ces textes ne sont pas fiables. L'Apocalypse, pour être honnête, je ne m'en souviens pas vraiment. Max se dirige vers sa bibliothèque et en ramène un exemplaire de la Bible, puis l'ouvre à un endroit indiqué par l'un des nombreux marque-pages émergeant du volume:
- Voilà, c'est ici. Apocalypse, chapitre treize, verset seize: et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçoivent une marque sur leur main droite ou sur leur front. De nombreux spécialistes de la Bible s'accordent à penser que la marque de la Bête serait une micro-puce, ou microchip, implantée sous la peau de chaque individu. Ce qui se passe actuellement sous des prétextes de sécurité ou de confort serait selon certains la première étape d'un contrôle des masses par le biais de cet instrument. Si l'on en croit les enquêtes menées à ce sujet, il s'agit d'un véritable marquage du bétail humain qui se profile d'ici quelques années, ou peut-être quelques décennies si on a de la chance.
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extrait 2:
Une fois de plus, Étienne se lève, et comme téléguidé par une intuition incontrôlable, s'approche de sa bibliothèque d'un pas angoissé, pour s'emparer d'un ouvrage relatant la mort, début 2005, du banquier Édouard Stern:
- Mon dieu, non! laisse échapper l'enseignant. Pourtant, une nouvelle fois, l'évidence est sous ses yeux. Le livre, signé Airy Routier, s'intitule le fils du serpent. L'auteur y décrit Edouard Stern comme un être froid et méprisant, grand amateur de safaris sanglants en Afrique. Il écrit:
Il s'achètera un fusil sophistiqué de tireur d'élite de l'armée israélienne pour tirer les buffles et les fauves.
Le banquier Stern a d'ailleurs été tué, semble-t-il, dans le cadre d'un défi sado-masochiste par sa compagne, à l'aide d'un pistolet appartenant à sa propre collection d'armes de poing. Livide, Étienne relit les premières pages du livre jusqu'à tomber sur cette phrase:
Longtemps gendre de Michel David-Weill, le flamboyant et richissime patron de la toute-puissante banque Lazard, lui-même fils de la plus ancienne lignée de banquiers européens.
Ainsi, le cauchemar continue. Un type qui n'a peut-être jamais entendu parler de David Icke parle d'une lignée, décrit son héros involontaire comme un serpent. Et ce nom, Lazard, qui évoque le mot lézard, ou en Anglais lizard, d'où viendrait selon Icke le nom de la reine d'Angleterre: El-lizard-beth. Non, c'est un coup monté, une supercherie, un canular! Trop de similitudes, trop de coïncidences, trop de synchronicité! Trop. Beaucoup trop. Etienne se laisse tomber dans son fauteuil, abattu. Se pourrait-il que tout ça soit vrai?
extrait 3:
- C'est quoi cette thèse?
- Et bien, les francs-maçons formeraient un réseau occulte international. Ce réseau tirerait les ficelles de la politique et de l'économie mondiale, en plaçant ses membres à la tête des gouvernements et aux postes clés des principales institutions, telles que l'ONU ou la Banque Mondiale, en infiltrant les partis politiques, l'administration, la magistrature, les médias.
- Et il suffit de suivre un peu l'actualité pour voir à quel point la presse et les journaux télé font écho à ce qu'avancent des types comme Icke, déclare Max. Les affaires Dutroux, Fourniret, Emile Louis, Alègre, et j'en passe, sont liées de près ou de loin à la franc-maçonnerie, j'en suis à peu près certain. Comment est-ce qu'on a pu nous faire gober que Dutroux était un simple psychopathe? La cache secrète aménagée dans sa cave, où les pauvres gamines ont attendu la mort pendant des semaines témoigne au contraire de l'existence d'un réseau bien structuré, dont Dutroux et ses complices étaient la cheville ouvrière. Pour Fourniret, on a mis la main sur des lettres écrites par le tueur, qui évoquent le Grand Architecte de l'Univers, le dieu maçonnique. Dans l'affaire des disparues de l'Yonne, la DDASS était apparemment au courant de certains trucs pas nets, et les gens concernés n'ont rien dit, et puis il y a le faux suicide du gendarme Jambert, ce qui suggère fortement qu'Emile Louis était loin d'être seul dans le coup.

extrait 4:
De leurs mains gantées, Alain et Max soulèvent une caisse et la déposent quelques mètres à l'écart. Sans hésiter, l'enquêteur ramasse le pied-de-biche et en applique l'extrémité courbe sous le couvercle de bois:
- Alea jacta est!
Un craquement sec, et les clous scellant le couvercle aux parois de la caisse cèdent d'un coup. Max s'empare vivement de la plaque de bois et la jette sur le sol. Puis, d'un balayage rapide des deux mains, écarte la couche de paille protectrice:
- Ben merde, alors! laisse échapper le jeune homme.
- Qu'est-ce que c'est? s'impatiente Alain.
Max plonge les deux mains dans la caisse, pour en soulever, non sans efforts, une dalle de pierre d'environ un mètre de haut sur cinquante centimètres de large, et d'une épaisseur de cinq ou six centimètres. Le vigile réussit à quiller la lourde plaque afin qu'Alain puisse l'admirer dans toute sa splendeur:
- Mais putain, c'est quoi ça? Une pierre tombale?
- Ah! ça pourrait. Mais ça pourrait être aussi les Tables de la Loi. Moïse, le Sinaï, tout ça.
- Arrête tes conneries.
- Approche ta lampe. Sous le rai lumineux, les minuscules symboles gravés dans la pierre dessinent un semblant de fresque écrite:
- C'est quoi, des hiéroglyphes? s'étonne Alain.
- Presque, mais ça ressemble plus à de l'écriture cunéiforme, l'écriture des premières civilisations mésopotamiennes. Je crois qu'on a là d'authentiques tables sumériennes de peut-être trois mille ans avant Jésus-Christ, ou plus vieilles encore, va savoir. Il faut qu'Étienne vienne voir ça.

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